Aujourd'hui, pas de couture. Pas de tricot non plus.

Juste une recette simple et rapide de petits gâteaux, spéciale mère de famille.

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Préchauffez le four à 180°C. Sortez un saladier, versez-y un yaourt.
Poussez un petit soupir en entendant n°3 hurler dans son lit (déjà la fin de la sieste ?), jetez le pot de yaourt vide dans la poubelle, montez à l’étage lever la gnomette hurlante avant qu’elle ne réveille n°4. Ramassez la couche sèche qu’elle a enlevée et jetée par terre, enlevez du lit les draps mouillés et la gnomette, lavez-la, séchez-la, remettez-lui une couche, rhabillez-la, refaites un lit propre.
Redescendez à la cuisine.

Eteignez le four, qui est déjà chaud.
Reprenez dans la poubelle le pot de yaourt vide que vous y aviez machinalement jeté. Lavez-le.
Dites à n°3 d’arrêter d’ouvrir la poubelle. Donnez à n°2 un verre d’eau. Dites à n°1 que oui, elle peut prendre une feuille toute blanche pour dessiner.
Sortez un paquet de farine.
Redites à n°3 d’arrêter d’ouvrir la poubelle.
Remplissez le pot de farine. Videz-le dans le saladier. Renouvelez cette étape une fois. Rangez la farine, sortez du son d’avoine.
Occupez-vous de n°3, qui tend ses bras vers vous pour que vous lui remontiez ses manches.
Remplissez le pot de son d’avoine, videz-le dans le saladier.
Courrez enlever des mains de n°3 le feutre que les aînés ont laissé traîner, et avec lequel elle s’apprête à exercer ses talents d’artiste sur le fauteuil du salon.
Retournez à  la cuisine, en ramassant au passage les aimants du frigo que n°3 a mis par terre.

Sortez du placard un paquet de cassonade.
Expliquez à n°3 que ce n’est pas parce qu’elle a aperçu les craquottes dans le placard qu’elle en aura.
Remplissez le pot de cassonade.
Dites à n°3 que ce n’est pas l’heure de goûter.
Ramassez de nouveau les aimants du frigo, jetés de rage par terre.
Fâchez-vous, menacez n°3 de la recoucher, rappelez-vous vos lectures d’Isabelle Filliozat, respirez un grand coup, calmez-vous vous-même, tentez de calmer n°3 en la serrant dans vos bras, fâchez-vous de nouveau en constatant que vos tentatives ne donnent aucun résultat.
Criez, culpabilisez d’avoir ainsi perdu votre sang froid.
Donnez à n°3 la craquotte convoitée, culpabilisez d’être une mère faible et laxiste (mais qui a gagné quelques minutes de répit).
Videz le pot de cassonade dans le saladier.
Aboyez sur n°2 qui, naturellement, veut aussi une craquotte.
Tant que vous y êtes, donnez-en aussi une à n°1.

Allez lever n°4 que vos cris et ceux de n°3 ont réveillé, et qui pleure maintenant à chaudes larmes dans son lit. Changez-le, câlinez-le, donnez-lui sa tétée.
Attendrissez-vous devant n°3 qui lui caresse la tête avec sa main toute collante de craquotte prémâchée, extasiez-vous devant le dessin que vient vous donner n°1.
Tout en donnant la tétée, installez sur les toilettes le réhausseur pour n°2 qui a un besoin très pressant (et qui a une incroyable propension à toujours avoir un besoin pressant quand vous n’êtes pas franchement disponible). Installez n°2 d’une seule main sur le réhausseur. Retournez vous asseoir. Relevez-vous 2 minutes plus tard pour gérer l’affaire de n°2 (toujours d’une main - vous commencez à avoir l'habitude).
A la fin de la tétée, installez n°4 dans son transat, avec vous dans la cuisine.

Ramassez, avant de déraper dessus, les aimants du frigo que n°3 a de nouveau mis par terre, puis sortez un sachet de levure chimique.
Dites à n°1 que oui, elle peut prendre une autre feuille blanche pour dessiner.
Donnez à n°3 son biberon d’eau, remontez de nouveau ses manches.
Videz le sachet de levure dans le saladier.
Fermez la ceinture de la poussette de poupée dans laquelle n°3 a posé son biberon, et qu’il faut attacher, même si ce n’est qu’un biberon.
Sortez l’huile de pépin de raisin.
Courrez prendre le téléphone qui a sonné, et que n°1 et n°2 s’arrachent. Répondez, raccrochez, consolez n°1 que n°2 a mordue, grondez n°2, envoyez-le se calmer dans le couloir, puis consolez-le, dites-lui que vous aussi vous l’aimez mais que vous n’aimez pas son attitude.
Dites à n°1 que oui, elle peut mettre son déguisement de princesse.
Courrez récupérer n°3, coincée au milieu des escaliers qu’elle ne sait pas encore descendre.
Retournez à la cuisine, en faisant juste à temps un petit entrechat pour éviter de vous étaler sur la poussette de poupée que n°3 a laissé pile dans votre passage.

Remplissez le pot au ¾ d’huile de pépin de raisin.
Donnez un autre verre d’eau à n°2.
Fermez les scratchs du déguisement de n°1.
Versez l’huile dans le saladier.
Dites à n°3 que vous ne pouvez pas la prendre dans vos bras car vous avez besoin de vos 2 mains.
Dites encore à n°3 que vous ne pouvez pas la prendre dans vos bras car vous avez besoin de vos 2 mains.
Respirez un grand coup, prenez n°3 dans vos bras, installez-la dans sa chaise haute. Achetez son calme avec une autre craquotte – mère indigne, tss tss!

Rallumez le four.
Cassez un œuf dans le saladier, versez-y une cuillère à soupe d’essence de vanille.
Dites à n°2 de remettre ses lunettes sur son nez.
Sortez votre batteur électrique, mélangez le tout 2 minutes jusqu’à ce que la pâte soit bien lisse.
Dites à n°1 qui vient fort opportunément de débarquer dans la cuisine que oui, elle pourra avoir un des batteurs.
Dites à n°2 qui vous harcèle de « et moi, et moi ? » qu’il pourra avoir le 2e.
Versez la pâte dans des moules à muffins, et laissez à n°3 la spatule en silicone.
Enfournez les gâteaux, programmez le minuteur pour 20 minutes.

Mettez à terre n°3 qui commence à s’agiter dangereusement sur sa chaise.
Mettez au lave-vaisselle les batteurs, la spatule et le saladier.
Jetez le pot de yaourt.
Faites sortir des toilettes n°3, très intéressée par ce qu’est allé y faire n°2.
Dites à n°2 de bien faire pipi dans la cuvette.
Dites à n°1 que oui, elle peut prendre les ciseaux pour découper son dessin.
Enlevez des mains de n°3 le pot de yaourt vide, refermez la poubelle.
Reniflez rapidement du côté de n°4, sortez-le vite du transat pour aller le changer.
Enlevez encore une fois le pot de yaourt vide des mains de n°3, fermez de nouveau la poubelle en faisant les gros yeux et la grosse voix.
Consolez n°4 qui, de peur, s’est mis à pleurer.
Remettez-le dans son transat pour aller gérer en catastrophe le drame qui s’est produit aux toilettes (pourtant vous aviez bien précisé dans la cuvette…), donnez à n°2 un slip, des chaussettes et un pantalon propres, ainsi que de quoi essuyer le pipi par terre.
Changez intégralement n°4, dont la couche a entretemps copieusement débordé et qui manifeste bruyamment son malaise.
Faites au plus vite, car le four sonne.


Vite, le four sonne.


Vite, le four sonne.

Retournez à la cuisine juste à temps pour sortir du four de beaux muffins bien dorés.
Ôtez une nouvelle fois des mains de n°3 le pot de yaourt vide.
Installez n°4 dans son transat, n°3 sur sa chaise.
Démoulez les muffins tout chauds, posez-les sur une grille.
Appelez n°1 et n°2 pour le goûter.


Posez triomphalement vos muffins sur la table, et préparez-vous à savourer l’enthousiasme de votre progéniture à la vue de ces appétissants gâteaux les déguster toute seule, après avoir donné à vos enfants ingrats le pain et les carreaux de chocolat habituels qu’ils ont préféré réclamer…